"C'est ici, sur ce même lieu qu'est née à nouveau la Patria, le 24 mai 1822; les combattants de la nation de Quito et les frères d'autres peuples d'Amérique, dirigés par le grand Maréchal Antonio José de Sucre, ont lutté contre la domination étrangère et ont vaincu; c'est ici que la liberté a été conquise, le rêve d'indépendance longuement caressé est devenu une réalité grâce au sacrifice des braves qui ont combattu sur ce terrain sacré. Avec un idéal et une arme, ils ont libéré la Patrie. C'est ici que l'Armée Equatorienne a été immortalisée; la mort héroique d'Abdón Calderón lequel, blessé à plusieurs reprises, a refusé d'abandonner le champ de bataille inspire le courage légendaire du soldat équatorien. Celui-ci est le temple de la Patrie, le sanctuaire civique qui nous inspire et qui uni tous les équatoriens lorsqu'il faut défendre ce qui nous appartient".
Durant l'entretien réalisé au Général PacoMoncayo le 24 novembre, sur la Cime de la Liberté de la ville de Quito, le Maire de la ville a eu l'occasion de raconter les faits qui se sont produits sur ces mêmes lieux il y a déjà quelques années, à l'occasion de l'anniversaire de la fondation de la ville de Quito:

Qf:Général, comment s'est déroulée la Bataille de Pichincha?

Gral: Le Noeud de Pasto est infranchissable et c'est là que se trouvaient les forces royaliste sous le commandement d'Obando. Face à cette difficulté d'arriver à Quito par le nord, Bolívar a envoyé Sucre jusqu'à la Côte pour qu'il initie la campagne de l'indépendance depuis Guayaquil. Les gens de cette ville avaient déjà essayé de commencer cette campagne mais ils ont été vaincus à Yaguachi et le "Libertador" a décidé de donner du renfort aux troupes à Guayaquil.

Une fois renforcées, les troupes ont commencé à avancer par Guachi pour libérer Quito qui était l'un des bastions du pouvoir espagnol en Amérique. Si vous regardez la topographie, vous remarquerez que les collines dePuengasí et le Panecillo, ce sont des véritables forteresses, difficiles d'attaquer par devant. C'est alors que Sucre, avec l'expérience d'avoir trompé et détourné les forces d'Aymerich sur une topographie similaire à la Viudita Ejalupana (près de Cotopaxi), fait de même cette fois, en arrivant par la Vallée des Chillos. Il monte ensuite à Puengasí et descend jusqu'à Chillogallo pour envoyer Séstari avec la cavalerie jusqu'à l'emplacement actuel du Parc El Ejido. L'idée était d'arrêter les forces qui pourraient arriver de Pasto pour s'opposer aux liberateurs.

 

Qf: Combien d'hommes avaient-ils?

Gral.: Peu de gens ont lutté lors des grandes batailles. Vous parlez maintenant de batailles, mais alors il ne s'agissait que de 2'500 à 3'000 personnes. Ce n'était pas commes dans les guerres modernes.

Alors, depuis Chillogallo l'idée de Sucre, c'était simplement d'entourer la ville pour donner l'assaut au nord, à un meilleur endroit. Lorsqu'Aymerich s'est aperçu que ses forts qui empêchaient l'accès à Quito allaient être assaillis, il a commis l'erreur d'escalader ici pour arrêter Sucre.
C'est ce qui l'a desavantagé, en premier parce que dans les conditions des guerres de lors, celui qui était plus haut avait un avantage tactique. C'est ainsi qu'alors qu'Aymerich et ses troupes montaient pour les arrêter, Sucre jouissait d'une position avantageuse et de forces qui arrivaient peu à peu et qui formaient une grande colonne. C'est ainsi qu'en ce lieu où il n'était pas prévu qu'il y ait une confrontation, a eu lieu la fameuseBataille du Pichincha.

Alors, quels avantages a eu cette Bataille?

En premier lieu, elle a ouvert cette trappe qu'avait le mouvement de libération dans le noeud de Pasto. En deuxième lieu, Bolivar est monté en personne pour libérérer Ibarra. Quelle est l'importance de cette Bataille? On l'appelle la Bataille des Nations parce qu'elle a réuni des venezuéliens, des colombiens, des équatoriens, des péruviens, des argentins, des uruguayens et des chiliens, c'est-à-dire qu'ici, sur les pentes du Pichincha, les forces américaines qui voulaient leur indépendance, se sont réunies pour libérer Quito.

Maréchal Antonio José de Sucre

Un autre avantage d'avoir libéré Quito a été qu'on a pu orienter l'effort des libérateurs vers Lima qui était alors le centre du pouvoir espagnol en Amérique. Une fois Quito libéré, les forces colombiennes et péruviennes se sont unifiées pour commencer la campagne qui allait rompre le noyeau de la présence du pouvoir espagnol en Amérique du Sud. On a réussit cet exploit lors des batailles de Junín et, surtout lors de celle d'Ayacucho.

Simón Bolívar El Libertador

Qf: La population de la vieille ville a-t-elle participé à cette Bataille?

Général.: Il y avait deux tendances qui existaient depuis bien avant la bataille. La grande dispute entre les Montufar et las Sancho, c'est-à-dire entre les "godos" et les "patriotes", comme partout en Amérique; les premiers qui appuyaient encore le pouvoir espagnol -dans leur propre bénéfice- et les autres qui cherchaient l'indépendance.

C'était la région industrielle de la période coloniale, pas seulement Quito mais tout le couloir interandin. C'est ici qui se trouvait la grande industrie textile de l'Amérique latine, qui produisait les tissus qu'on envoyait jusqu'à Potosí pour habiller ceux qui travaillaient dans les mines. On les envoyait même jusqu'au Chilli et Panama. Les ouvrages de nos Andes, étaient la grande industrie textile de l'Amérique du Sud.

 

Qf:La céramique l'était-elle également?

Général: Elle n'était pas aussi importante que l'industrie textile qui était l'axe de l'économie. Mais, lorsque l'Amérique s'est ouverte au marché européen, la révolution industrielle a commencé (surtout dans le domaine textil) en Anglaterre. Avec l'utilisation de la vapeur, les moulins n'avait plus besoin des rivières; les premières machines de l'industrie textile ont commencé à être utilisées et, lorsque le commerce s'est ouvert , les tissus anglais ont commencé à arriver et ils étaient de meilleur qualité et prix. Ceci a provoqué la crise de l'industrie du textile dans toute la région.

Qf: Et les tissus espagnols?

Général: Ils sont arrivés également. C'est alors que la crise a provoqué de l'insatisfaction et, chaque fois qu'il y a insatisfaction, il se produit également une crise politique. Lorsque les gens demandent "Pour quoi c'est à Quito que s'est produit le premier cri d'indépendance?", je réponds que c'était parce que c'était une région où il y avait une crise. En plus, si vous analysez les révolutions, vous verrez qu'elles ne commencent jamais au centre, mais toujours à la périphérie et Quito était la périphérie de Lima. Pour quoi est-ce que Guayaquil a voulu prendre son indépendance et n'a pas voulu aider les gens de Quito? Parce qu'il n'était pas dans leur intérêt de les aider, parce qu'ils n'étaient pas affectés parce qu'ils étaient en train de vivre une époque faste dans leurs exportations de bois de balsa, de cacao et de produits agricoles qui se vendaient bien dans les marchés européens.

Guayaquil a décidé de prendre son indépendance seulement en 1920, lorsque le consulat du Callao a obligé Guayaquil à envoyer du bois de balsa pour y construire les pâquebots. Le râtelier de Guayas, qui était très réputé, a commencé à baisser lorsque le cacao et la quinine devaient passer par le Callao pour être exportés. C'est ainsi que la révolution de Guayaquil a été plus contre la domination de Lima et de Callao que contre l'Espagne.

Comme vous pouvez le voir, l'histoire est beaucoup plus que des simples idéaux. Il est vrai qu'ici nous avons été très influencés par la pensée illuministe, sans aucun doute. Nos grands penseurs tels que Espejo à Quito et Nariño en Colombie, se sont nourris de la pensée philosophique, de l'encyclopédie, mais il y avait des causes réelles qui motivaient le processus.

Qf: Y avait-il de la famine?

Général: L'histoire économique de la Révolution Française nous fait présupposer que, s'il n'y avait pas eu des mauvaises récoltes de blé avant 1789 et si Paris ne mourrait pas de faim, la date de la prise de la Bastille, aurait pu être une autre. Je ne dis pas qu'elle n'aurait pas eu lieu puisque la bourgeoisie était suffisamment forte pour protester contre la noblesse et le clergé. Elle a eu lieu à cette période à cause du manque de blé et à cause de la famine. Ce sont les éléments de la conjoncture qui permettent que les grands mouvements historiques aient ces sauts qui permettent à l'humanité d'avancer.

Abdón Calderón

Qf:L'image d'Abdón Calderón est toujours liée à la Bataille.

Général. Abdón Calderón a appartenu à une famille de patriotes. Son père a été dans les premiers combats pour l'indépendance et fùt fusillé par les espagnols. Et Abdon Calderon a fait toute la campagne de Quito.

Un grand écrivain de Cuenca appellé Manuel J. Calle a décrit l'action de Calderón en des termes poétiques.

Nous pourrions parler de réalisme magique, comme celui de García Márquez lorsqu'il parle d'un ange déchu et que l'on plume pour symboliser toute une série d'éléments réels de la vie quotidienne de la Colombie. Malheureusement, les historiens peu éclairés ont pris au mot la légende et l'ont placée dans les textes d'histoire. Par la suite, d'autres historiens ont détruit l'image de Calderón.

Qf: Démythifier.

Général: Bon, ce ne serait pas mauvais de démythifier, mais c'est faux de détruire l'image d'Abdón Calderón. C'est-à-dire qu'à la fin, c'était un homme qui est mort de dissenterie à l'hôpital de San Juan, mais, est-ce que ce ne sont des héros que ceux qui meurent d'un coup de pistolet? S'il a participé dans une campagne d'une manière aussi dévouée et qu'après la bataille il est mort d'une maladie qu'il a contracté lors de cette campagne.

Qf: Est-ce qu'il a été blessé dans la Bataille du Pichincha?

Gral.: Il a été aussi blessé, mais ce que je veux dire c'est qu'il y a des historiens et des historiens. La figure de Calderon représente plusieurs des vertues du peuple héroique d'Amérique: il était un enfant qui a fait campagne depuis ses 14-15 ans et qui croyait dans la possibilité d'avoir une Patrie libre, qui croyait dans la Patrie d'Amérique et tous nos libérateurs y croyaient. Calderón a été un grand patriote, un homme qui depuis l'enfance a connu la douleur et la mort de son père par fussillade; qui a voué sa vie à la cause de la liberté et qui, bien sûr, n'a pas fait ce que le poète raconte de lui, mais qui a fait suffisamment pour être dans les pages de l'histoire. Simón Bolívar était un type très sérieux dans les thèmes de l'histoire. Il savait qu'il passerait à l'histoire comme l'une des personalités les plus marquantes du monde. Et ce fût le cas, Bolivar est un homme universel, c'est une image universelle. Il était très responsable dans tout ce qu'il faisait. Il savait que chaque lettre qu'il écrivait, que chaque décret qu'il émettait, était un document pour l'histoire.

Quand la Bataille s'est terminée Sucre ne pouvait pas être assez fou pour louer les actes héroiques d'Abdón Calderón; Bolívar non plus ne pouvait pas erreur avoir décreté qu'il n'y ait pas un capitaine dans la troisième compagnie du bataillon Yaguachi et que, lorsqu'ils fassent l'appel tous les jours, lorsque le nom d'Abdón Calderón soit prononcé, on dise "Il est mort glorieusement dans le Pichincha, mais il habite nos coeurs". Il est mort glorieusement et, ni Bolivar ni Sucre étaient des clowns qui faisaient les choses sans penser; ils étaient des hommes sérieux, des leaders militaires investis de qualités exceptionnelles et chacune de leurs reconnaissances obéissait à des faits réels. En outre, il devait en être ainsi pour une raison toute pratique; parce que du moment où Bolívar et Sucre avaient commencé à devenir des faux héros, les motivations réelles des batailles auraient disparu. Lorsqu'ils créaient une motivation comme celles-ci, ils le faisaient pour reconnaître un fait vraiment héroique parce qu'ils espéraient qu'il y aurait beaucoup d'autres actes de ce genre jusqu'à la fin des campagnes de l'indépendance. Ce sont des choses élémentaires qui souvent ne se disent pas ni même se pensent et, bien entendu, nous, qui avons pensé à ceci depuis longtemps en tant que militaires, en tant que militaires et versés en histoire militaire, pouvons valoriser assez objectivement ces faits mais sans les placer dans l'actualité mais dans le contexte historique dans lequel ils se sont produit.

 

C'est ici, sur ce même lieu qu'est née à nouveau la Patria, le 24 mai 1822; les combattants de la nation de Quito et les frères d'autres peuples d'Amérique, dirigés par le grand Maréchal Antonio José de Sucre, ont lutté contre la domination étrangère et ont vaincu; c'est ici que la liberté a été conquise, le rêve d'indépendance longuement caressé est devenu une réalité grâce au sacrifice des braves qui ont combattu sur ce terrain sacré. Avec un idéal et une arme, ils ont libéré la Patrie. C'est ici que l'Armée Equatorienne a été immortalisée; la mort héroique d'Abdón Calderón lequel, blessé à plusieurs reprises, a refusé d'abandonner le champ de bataille inspire le courage légendaire du soldat équatorien. Celui-ci est le temple de la Patrie, le sanctuaire civique qui nous inspire et qui uni tous les équatoriens lorsqu'il faut défendre ce qui nous appartient.

 

Dr.: Dans l'endroit dans lequel a eu lieu la Bataille du Pichincha, l'Equateur a levé un énorme monument, l'oeuvre d'un des plus grands artistes du pays, l'architecte Milton Barragán Dumet. C'est une énorme construction en béton armé avec une partie externe, une partie interne et une partie inférieure.

 

La partie externe a été construite avec des grandes masses de ciment, très légères qui suggèrent les rythmes d'une bataille et laissent beaucoup d'espace entre elles pour qu'on puisse apprécier le paysage, l'endroit où la bataille a été livrée. La partie inférieure et interne constituent le temple, des catacombes avec des peintures murales qui montrent des scènes de l'Indépendance, ses étapes et ses grands précurseurs. Il y a un musée d'armes d'antain; et, au coeur des catacombes au milieu des drapeaux, brille la flamme éternelle. C'est là qui se trouvent les étandards des corps qui ont combattus dans le Pichincha, plusieurs desquels sont encore membres de l'Armée Equatorienne.

 

 

Maréchal Sucre

D.R..: Voici Bolívar et Sucre.

Qf: Qui est qui?

Dr. L'artiste a voulu rehaussé Bolívar par la taille en le faisant un peu plus grand. Il était plus petit que Sucre; Bolivar était de petite taille mais l'artiste a voulu faire ressortir la grande figure historique, le gestateur de cette énorme entreprise de l'Indépendence. Sucre a été son bras droit, le plus brillant de ses généraux.

Simón Bolívar

Depuis sa maison en ville, Sucre, à la distance, donnait des ordres et des instructions par lettre. Ce que ce monument signifie pour l'Equateur, pour Quito, est reflèté par son nom le Temple de la Patrie. On y a fait un temple émotif, un temple de remémoration dans les lieux mêmes où la Patrie indépendante est née. C'est l'importance de ce lieu; c'est pourquoi on y respire un climat sacré, révérent, imposant, avec ses grandes masses, ses catacombes, son illumination.

Le projet architectonique a été conçu par l'architecte Milton Barragán Dumet et, dans ce projet, on avait imaginé un espace pour placer un mural qui devait se voir depuis Quito, qui donne sur la ville. Pour ce mural, on a choisi un grand peintre équatorien de ce siècle, le maître Eduardo Kingman qui a présenté plusieurs ébauches; on a choisi un qui est celui-ci, en céramique vitrée.

 

Qf: merci beaucoup.

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